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A la découverte des châteaux de la Loire: histoire, architecture et jardin

A la découverte des châteaux de la Loire: histoire, architecture et jardin

Passionnée des châteaux de la Loire et de la Renaissance, j'ai décidé de vous raconter leur histoire, de vous en faire découvrir les méandres et pourquoi pas de vous donner aussi goût à un art moins connu de cette époque: l'art des jardins... Attachez vos ceintures nous remontons dans le temps :)


Les jardins du château de Blois : l'élargissement du cadre

Publié par Diane sur 11 Février 2013, 17:09pm

Catégories : #jardins

La semaine dernière, nous avons étudié l’architecture du château de Blois à l’époque de Louis XII ; nous avons souligné que bien que les travaux réalisés sous le règne de celui-ci aient été fondamentaux pour le futur du château, ce sont les jardins qui marquèrent le plus ces contemporains. Aujourd’hui, nous allons approfondir.

Les jardins du château de Blois nous sont bien connus grâce notamment à Jacques Androuet Du Cerceau qui nous a laissé un plan et une vue cavalière gravés dans Les plus excellents bastiments de France, et un dessin conservé au British Museum d’après lequel fut exécutée une vue gravée ; on peut y ajouter des plans du XVIIIe siècle, diverses descriptions des XVIe et XVIIe siècles et quelques documents découverts par Joseph de Cröy.

Ces jardins furent construits à l’ouest du château, sur le flanc de la vallée de l’Arrou. Complètement indépendants de l’édifice, ils s’ordonnés sans rapport avec celui-ci. Ils se composaient essentiellement de trois terrasses étagées mais dessinées sans liens les unes avec les autres. En bas, un jardin qui paraît avoir été l’ancien jardin de Bretonnerie (premier jardin de Blois) semble daté de l’époque du Charles d’Orléans, un siècle avant l’intervention de Louis XII. Le jardin bas ou jardin de la Reine qui surplombait le jardin de Bretonnerie, semble être celui des trois jardins qui fit l’objet du plus de recherche et celui dans lequel on avait déployé toutes les ressources d’un art français encore en pleine mutation.

C’est en 1499 que furent acquis les terrains nécessaires à l’établissement du jardin, qui est par conséquent contemporain des travaux du château. Il formait une grande terrasse rectangulaire d’environ 200 m sur 90, élevée en grande partie de terres rapportées et soutenues sur trois faces par de hauts murs. Le jardin bas comportait six points d’accès : un vers le château, deux vers le jardin haut, une vers la campagne et la forêt et deux vers les jeux de paume. Des allées tracées à angle droit le divisaient en compartiments (ou parquets) réguliers et symétriques, bordés de clôtures basses (appelées accoudoirs) et composées de broderies dessinés suivant des compositions géométriques variées. La composition de ces parterres est également très diversifiés dans ces plantations, on y trouve des artichauts, des asperges, des rosiers, un parterre de mûriers blancs et de la vigne sur les treillages. Ces treillages prenaient place tout autour de la terrasse et prenaient la forme de berceaux de charpente garnis de plantes grimpantes. De hautes galeries de bois, supportées par d’élégantes arcades couvraient les allées du parterre. Ces galeries servaient d’après Don Antonio Béatis de manège pour les chevaux.

Les parterres étaient peut être composés de fleurs et de plantes rares car on sait qu’Anne de Bretagne avait un goût prononcé pour la botanique (cf. les marges de ces fameux livres d’Heures). Seule certitude, ils comportaient au moins des rosiers suffisamment estimés pour qu’on en envoyât plus tard des plants afin d’embellir Fontainebleau (à l’époque de François Ier).

A l’intersection des allées centrales s’élevait un pavillon octogone de 7 toise de diamètre et de 9 toises de haut, également en charpente orné de cordières et surmonté d’un dôme vitrée et d’une petite coupole que couronnait une statue dorée de Saint-Michel. Ce prototype rappelle le pavillon de forme similaire qui sera à Gaillon, couronné d’une statue en bronze de Saint Jean.

A l’intérieur de ce pavillon, se trouvait un bassin octogone au centre duquel se dressaient deux vasques rondes superposées, entourées par quatre niches se confondant avec les axes des allées. Le tout en marbre blanc, très finement sculpté. Le sculpteur de cette fontaine reste inconnu mais Joseph de Cröy a émis l’hypothèse qu’il pourrait s’agir de Jérôme Pacherot, venu d’Italie avec Charles VIII, comme maître maçon, et qui dans plusieurs actes passés à Tours s’intitule « tailleurs de marbre du roi ». Or, Pacherot devait travaillé plus tard en 1507, à Gaillon à l’exécution d’une fontaine en marbre similaire à celle de Blois.

Cette typologie de fontaine abritée sous un pavillon de charpente avait d’ailleurs été déjà utilisés à Amboise. Ce pavillon après avoir protégée la fontaine durant de longues années, l’écrasa sous sa chute vers le milieu du XVIIe siècle : les débris en ont été retrouvés en 1837 et ornent aujourd’hui une terrasse du château, et ces morceaux bien qu’exécutés à Tours, sont l’œuvre indiscutable des marbriers italiens en raison de leur style.

Le jardin était également orné de monuments d’architecture. Vers le milieu d’un côté, au bord de la terrasse, s’élevait le pavillon dit d’Anne de Bretagne, élégante construction qui formait une sorte de petit casino. L’idée d’un édifice de cette sorte appartient peut-être à Pacello da Mercogliano, mais il n’est certainement pas son œuvre (encore toute gothique) ; elle est due selon toute apparence aux même hommes qui élevaient au château l’aile Louis XII avec la quelle elle présente plusieurs analogies. Le plan en croix rappelle qu’il s’agissait sans doute d’une chapelle, mais le pavillon abritait également un oratoire (aile est) et était mis en communication par un escalier intérieur (aile ouest) avec le verger situé plus bas et qui entourait l’orangerie et un jeu de paume.

Le jardin de la Reine fut bientôt jugé insuffisant dans ces dimensions pourtant colossale pour la France de cette époque. Aussi un agrandissement des jardins fut-il décidé. En 1505, Louis XII achète à Jean et Jacquet Boulier, marchands de Blois, un jardin qu’il unit au sien moyennant 140 livres tournois. A peu près à la même époque Théodore de Pavie, médecin du roi, lui céda un jardin qu’il possédait au même lieu. Ainsi, se formèrent les jardins hauts ou jardins du roi d’une superficie de deux hectares. Le contenu du jardin du roi est mal connu quoiqu’il semble qu’il se soit agit d’un jardin utile plutôt que d’un jardin d’agrément, on y trouve de larges carrés potager (où l’on trouvait des salades, de la chicorée, des artichauts et des asperges, etc), mais aussi de vastes vignes.

Un puit semble avoir été creusé dans ce jardin pour les besoins en eau les plus pressants. Par la suite Fra Giocondo avait semble-t-il imaginé de conduire aux jardins les eaux de l’étang du Pigelée situé à 2 kms environ, mais l’entreprise fut abandonnée. Par la suite, il semble que Pacello da Mercogliano avait prévu de recueillir de l’eau des terrains supérieurs afin de fournir une eau jaillissante au jardin de Blois, reprenant ainsi l’idée de l’eau en mouvement si chère à la tradition italienne. En effet, par un acte passé devant le bailli de Blois le 25 janvier 1510, Pacello da Mercogliano s’engage à faire creuser un puit, dans l’ancien jardin de Théodore de Pavie et le munir d’engins pour tirer l’eau, des réservoirs destinés à l’emmagasiner et des conduits pour la mener aux fontaines sises dans le jardin bas afin de faire en sorte que les deux fontaines fournissent l’eau sans cesse, jour et nuit « comme si c’estoit eaue de fontaine vive venant de source ». Ce travail devait être accompli à forfait et achevé dans le cours de l’année moyennant la somme de 1000 livres. Ces travaux furent semble-t-il entrepris puisqu’on trouva dans les déblais des travaux exécutés à Blois en 1891 l’orifice d’un puits grand ovale sans doute destiné au fonctionnement d’une noria ou chaîne à godets déjà très usité en Italie. Pierre de Valence, en 1511, aurait relié cet appareillage à la fontaine de marbre.

Les jardins ont pu également accueillir des animaux, Frédéric et Pierre Lesueur leur attribue la présence des barrières et accoudoirs qui bordaient les parterres puisqu’il semble que ces animaux aient été en liberté. En outre, Louis de Bologne assure par ailleurs qu’on voyait à Blois différentes sortes d’oiseaux parmi lesquels une autruche ; on y trouvait en outre un porc-épic qui servait d’héraldique à Louis XII.

Lorsque Louis XII décède, François Ier entreprend peu de travaux dans les jardins (il interviendra essentiellement sur le château, nous y reviendrons). Après lui son fils Henri II lance des travaux d’embellissement du jardin. Le jardin du Roi se trouve orné de berceaux de verdure qui font échos à ceux du jardin de la Reine. Vers 1554, on y trouve aussi des allées en croix avec quatre cabinets à l’intersection des quatre allées. Un étang artificiel est également construit au lieu dit des Bornaz vers 1556.

A sa suite, François II entreprend de faciliter la liaison entre les jardins de Blois et la forêt toute proche, il crée des allées, les marques de petits pavillons de charpente, les soulignent par la plantation d’ormes et la création de fossés.

Les jardins du château de Blois disparurent progressivement au cours du XVIIe siècle, faute d’entretien et laissèrent place au XIXe siècle à l’avenue de l’Embarcadère (1847) afin de faciliter les travaux de la gare.

Les jardins de Blois marquent dans l’histoire du jardin français un pas important. En effet, avec Blois les jardins s’agrandissent et terrasse haute fait son apparition dans le jardin français. La composition française reste cependant très morcelée, en comparaison de son cousin italien dans lequel l’unité règne déjà. Pour autant l’effort fait à Blois dans l’introduction des éléments décoratifs transalpins est clairement visible, par l’importation de larges parterres, de fontaines ornées et italianisées et surtout par la tentative de créer un jeu d’eau jaillissante dans les jardins.

Blois ne marquent cependant pas un tournant dans l’art des jardins de la première Renaissance, il constitue un jalon, un laboratoire de recherche comme il y en eu de nombreux autres en Val de Loire, à Bury, Azay-le-Rideau ou Chenonceau…

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